(Apocalypse please)

(Apocalypse please)
Eve entreprit de faire le tour des choses dans l'ultime espoir de les comprendre. Son inspection mit en évidence son immense néant mental. Et en effet il n'y avait rien à constater puisqu'elle n'était plus rien. Une enveloppe usée pleine d'air vicié. Vidée de sa substance, elle s'étouffait de l'intérieur.
Il fallait se rendre à l'évidence : il n'y avait plus rien à expulser.

Et pourtant elle se sentait effroyablement lourde. D'une rue à l'autre, elle traînait son corps fatigué le long des murs sales et des vitrines aux rideaux baissés. Terrassée par sa faute, elle était le coupable et la victime, le péché et le pécheur, le fardeau et celle qu'il accablait.

Elle atteint son appartement dans l'inconsience la plus totale.

Empêtrée dans une brume épaisse et compacte, elle le vit et l'entendit l'accueillir avec joie et empressement.
C'était une chose qui l'avait toujours stupéfaite, son bonheur de la voir apparaître dans l'encadrure de la porte, ave ses cheveux trop noirs, sa bouche trop rouge et sa jupe trop courte. Elle-même n'était jamais heureuse de se rencontrer. Son reflet dans le miroir, et encore plus son esprit qui la frappait au réveil, faisaient naître en elle une révulsion telle que le sommeil lui apparaissait comme la seule fuite à la hauteur de son accablement.
S'éveiller puis se rendormir. Fuir le jour pour s'éviter autant que possibe, et retrouver pendant quelques heures la précieuse inconscience.
Mais elle avait perdu le sommeil autant qu'elle s'était perdue, et ses nuits, qui auraient dû être le dernier refuge, devenaient ses pires instants, les instants durant lesquels sa chute lui apparaissait le plus nettement, et ses angoisses les plus tenaces. Il n'y avait alors plus qu'un seul choix : persister dans la lutte ou fuir l'affrontement. L'éreintement de son esprit lui faisaient opter chaque fois pour la seconde solution.Solution qui n'en était pas une : un soir après l'autre, ele avait appris à sélectionner les substances les plus efficaces qui , à défaut d'endormir son âme, plongeaient son enveloppe corporelle dans un coma artificiel dans lequel elle trouvait refuge, sourde et aveugle, imperméable aux attaques du monde, mais aussi et surtout très loin d'elle-même.

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Si ses forces le lui avaient permis, et lui aurait crié sans pudeur ni retenue :

"Endormez-moi ! Endormez-moi et laissez-moi plonger dans cette douce torpeur dans laquelle je trouverai enfin la paix ! Je ne veux plus avoir conscience des choses ! Je ne veux pas mettre les choses au point ! Laissez-moi m'endormir ne serait-ce qu'une seconde ; me retrouver à l'état de néant pendant un instant, c'est tout ce que je demande. M'échapper, échapper à toutes ces choses qui m'envahissent, à vous, à moi, au monde entier. Assomez-moi, tuez-moi s'il le faut, quoique vous ferez, ce sera un moindre mal, car rien, rien , absolument rien ne peut-être pire que cette affreuse conscience, cette conscience accablante, chaque jour plus envahissante, lancinante et douloureuse, comme le tic-tac d'une pendule dont les aiguilles tourneront toujours, comme ce coeur qui ne 'arrête jamais de battre. Et qui, sans relâche, me fait me sentir exister."

Mais il ne lui restait plus rien d'autre qu'elle-même, pas même cette force que lui conférait autrefois sa jeunesse. Plus rien d'autre qu'elle-même et c'était déjà bien plus qu'elle ne pouvait en supporter.

C'était une histoire de haine. Oui, c'était cela, une histoire de haine parfaite entre elle et elle-même, qui la déchirait en deux parties égales, dans un affrontement incessant qui la consumait à petit feu.

# Posted on Tuesday, 25 December 2007 at 1:48 PM

Edited on Friday, 05 December 2008 at 7:20 PM

-----------------------------My, oh my eve----------------------------------------------------------

-----------------------------My, oh my eve----------------------------------------------------------
Eve n'allait pas mourir, et pourtant sa vie entière, sa courte et intense vie défila devant ses yeux en un éclair. Seize années lui explosèrent à la figure comme une bombe pleine d'amertume. Et la chose était si douloureuse qu'elle était prête à tout pour abréger le supplice. Elle aurait voulu crier et implorer le pardon, s'excuser d'avoir tout détruit, d'avoir brûlé sa vie par les deux bouts, d'avoir torturé son corps et anéanti son âme, mais rien ne sortait, parce qu'elle était trop faible pour esquisser le moindre mouvement, incapable de prononcer le moindre mot. Et pétrifiée de peur.




Une seconde et déjà c'est l'expulsion. Elle voit le nouveau-né qu'elle est, extirpée du ventre maternel, et le cordon autour de son cou rougi qui l'étrangle et l'empêche de crier. Puis les mèdecins qui coupent le lien, les pleurs de sa mère. Et la vie qui commence.

Deux secondes, trois puis quatre et c'est l'apprentissage. Elle se redécouvre trop petite fille, balbutiant ses premiers mots, observant tout avec des yeux effarés.

Cinq. Enfance douce. Une fillette adorable et drôle. L'âge d'or.

Six. Trou noir. Qu'a-t-il bien pu se passer à six ? Son cerveau tourne la page à une vitesse fulgurante.

Sept. Refoulement.

Huit, neuf, dix. Les derniers instants. Le calme avant la tempête.

Onze, douze, treize. Alice à travers le miroir. Bonjour, au revoir, retour à la case départ. Plus rien n'avait de sens à douze, tout en a trop à treize.

Quatorze, quinze, c'est le déluge. Elle constate avec horreur le drame du pêché originel. La pomme est dure à avaler. La destruction commence, l'absurdité du parcours qui consite à choisir la pire des options à chaque carrefour. Tout devient flou, mouvant, impalpable.

Seize. C'est là que tout se joue.

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Eve avait atteint la puberté très tôt, et, peu de temps après, brusquement, le processus, s'était arrêté. Pour un peu, on aurait même pu croire qu'il s'était inversé. Si bien qu'elle éait restée dans cet étrange état d'entre-deux âges, bloquée, ni tout à fait fillette, ni tout à fait femme. En avait résulté un corps maigre, maladif, aux formes jolies et délicates, mais étonnantes de petitesse.
Cette singularité s'ajoutait à l'incarnation du concept de paradoxe qu'elle était. Elle n'était pas adulte, elle n'était pas enfant, elle n'était ni mûre ni puérile, ni forte ni fragile, ni bonne ni mauvaise. Elle n'était rien de tout cela et un peu tout cela à la fois.
Même son visage ne correspondait à rien de parfaitement définissable. L'arrêt subit de la croissance avait figé ses traits en une figure enfantine, si bien que celui qui ne lui prêtait que peu d'attention croyait avoir affaire à une fillette, mais celui qui l'observait avec insistance voyait tout autre chose.
La pâleur malsaine de sa peau, la moue ennuyée de sa bouche, et surtout la lueur au fond de ses yeux, cette lueur qui n'avait rien d'enfantin, qui était le résultat d'années d'errance et de dérive, tout cela, tout ces petits éléments indécelables au premier abord changeaient complètement la donne.
Et quiconque y regardait d'encore plus près n'avait plus aucun doute, cette fille-là était plus vieille que toutes les femmes du monde.
Son épiderme délicat était, ça et là, recouvert d'une fine pellicule grise, qui ressemblait à s'y méprendre à de la cendre, et, elle-même le savait, c'était son corps qui se consumait.




Oompa radar



# Posted on Monday, 24 December 2007 at 5:08 PM

Edited on Friday, 05 December 2008 at 7:20 PM

C'est le début de la fin.

C'est le début de la fin.
"C'est le commencement qui est le pire, puis le milieu puis la fin ; à la fin, c'est la fin qui est le pire."
(Samuel Beckett)

# Posted on Monday, 24 December 2007 at 4:45 PM

Edited on Friday, 05 December 2008 at 7:20 PM