..............Open your ears..............Il l'observait, la sondait en vain, tentant d'expliquer ces petits riens qui n'en étaient pas et qui faisaient tout : la pâleur de sa peau, la façon qu'elle avait d'osciller la tête de gauche à droite, puis de droite à gauche, au son d'une musique imperceptible, les mouvements nerveux de son regard, de ses doigts fins qui s'agitaient suivant un rythme connu d'elle seule.
Et il se disait qu'il y avait en elle une intériorité trop profonde, des choses trop enfouies. Des limbes sombres et inconnues, dans son c½ur, dans son esprit, et la quasi-certitude de ne jamais y pénétrer le plongeait dans une rage intense.
Il avait son corps, il avait une partie de son temps, une partie de sa vie. Mais tout cela lui paraissait bien maigre : il la voulait tout entière.
A quelques mètres de là, elle se disait qu'il ne l'aurait pas.
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CRI.
Et soudain il l'entendit.
Sa musique intérieure. Un son doux mais rapide, un chant sans paroles qui sonnait comme une plainte sans fin. Alliage complexe de sonorités enfantines et de combinaisons subtiles de notes à l'effroyable maturité.
Et soudain il la voyait. Cette musique, c'était elle, ce rythme, c'étaient les battements de son c½ur, cette mélodie les ondulations de son âme.
Il ouvrit grand les oreilles, ouvrit son corps tout entier à ce mouvement perpétuel qui s'achevait et recommençait inévitablement, régulier, imperturbable, avec une monstrueuse détermination, roulement inlassable des vagues s'abattant sur les rochers dans une nuit éternelle.
Il s'y ouvrit tout entier, tournant chacun de ses sens en direction de la source. Déjà il n'était plus rien qu'une substance spongieuse, perméable à ce son et uniquement à lui. Il avait perdu toute identité, toute réalité autre que ce déluge musical. Un instant encore et il ne faisait plus qu'un avec elle : cette musique, c'était elle mais c'était lui aussi ; cette combinaison de notes qui s'enchaînaient, s'enchevêtraient dans une danse passionnée, c'étaient eux, c'étaient leurs deux corps enlacés, c'était l'union parfaite de deux âmes complémentaires qui n'en formaient plus qu'une.
Mais brusquement il lui parut que même cela était instable, insaisissable. Il croyait la tenir, créature fébrile et tremblotante entre ses mains grossières, mais déjà elle se débattait, déjà elle s'échappait, petit animal fragile mais agile, glissant et évanescent.