Monsieur M. avait peu d'expérience dans la destruction humaine. Jusqu'alors, il s'était contenté d'une demi-vie, sans passion ni grande douleur, qui ne lui demandait rien d'autre qu'une patience qui n'aurait pris fin qu'à sa mort. Jusqu'alors, le récit de son existence se résumait ainsi : poursuivre.
A présent, comme elle, exactement comme elle, il vivait sur un fil.
"Nous vivons sur un fil".
Il se souvenait avoir lu ces quelques mots, négligemment jetés contre les lignes d'un cahier ouvert, abandonné au milieu des draps blancs. Et maintenant cette phrase prenait tout son sens, maintenant il en saisissait toute l'importance : il vivait sur un fil qu'elle tenait à deux mains. Situation fragile, instable. Elle menait le jeu et y entrer était une question de vie ou de mort. Le moindre mouvement incontrôlé, le plus bref regard distrait, le plus petit tremblement fébrile et ce serait la chute. Sans appel.
Vide.
La question n'était pas de savoir si la chose en question arriverait, mais quand et comment elle aurait lieu.


