De cette singulière solitude se dégageait bien sûr la très orgueilleuse satisfaction d'être une particule isolée et indépendante, évoluant à l'écart de cette masse grouillante et odieusement uniforme. Mais je ressentais, dans de brefs instants de lucidité intempestive, que quelque chose me manquait.
Car, hormis l'euphorie dérisoire que provoque l'inclusion à une foule en délire, il y avait dans cette débauche stérile la chose que je regrettais le plus au monde : l'inconscience provisoire, cette inhumanité réversible qui faisait que ces milliers de corps se vidaient de leur substance pensante, l'espace d'un instant, et oubliaient la profonde absurdité de leur existence.


