(Lisez L'Elégance du hérisson, c'est un livre qui en vaut la peine. Et ne vous laissez pas décourager par le fait qu'il trône dans les rayons des meilleures ventes entre une biographie de Carla Bruni et le dernier Anna Gavalda.)
Hier donc, il y a eu un toujours dans le jamais.
J'étais descendue fumer une cigarette nocturne devant la maison (désaccord parental oblige), et je regardais le vide d'un ½il éteint. Il faisait très noir et très froid.
Et là, le toujours a eu lieu.
Il s'est produit quelque chose dans le ciel que je ne voyais pas, mais que je ressentais, immense, comme une présence au dessus de ma tête. Un déchirement, un déchirement très doux.
Et d'un coup, il s'est mis à pleuvoir. Puis à grêler, presque immédiatement. Très fort.
Et comment dire. C'était très étrange. Comme si j'avais DEMANDE au ciel de s'ouvrir et de se déverser sur la terre et qu'il m'avait ENTENDUE.
C'était comme si le ciel pleurait à ma place. Comme s'il avait compris que je ne pouvais pas, que je ne pouvais plus et qu'il avait accepté de me soulager.
Je m'étais abritée contre le mur du garage, sous l'étroit rebord du toit, de sorte que je voyais l'averse sans en subir les assauts.
Et c'était terriblement beau. Eau sur air. Noir sur blanc. La grêle emplissait l'atmosphère et envahissait tout. L'eau ruisselait partout et venait s'écraser sur le bout de mes chaussures.
J'ai tendu la main en avant. Les grêlons me fouettaient la peau, y rebondissaient, et je m'en amusais comme une fillette. Ça faisait un peu mal et ça faisait du bien.
Et puis ça s'est arrêté. Aussi vite que c'était venu. Il y a eu encore quelques grêlons, quelques gouttes de pluie, mais c'étaient comme les derniers sanglots d'une crise de larme, de ces sanglots déjà apaisés, qui ne sont que les résidus physiques des spasmes du corps.
Et puis plus rien. Le temps a recommencé à fuir.
Mais j'ai expérimenté l'éternité.